L’Idée fixe

Some sparse quotes taken out of Paul Valéry, L’Idée fixe ou Deux Hommes à la mer (1932). Some I will translate in English, some I will comment, some I will leave as are. Full French text is available here.

The incipit is a piece of perfection, describing what we might call today a “depressive episode”. I report it as is:

J’étais en proie à de grands tourments : quelques pensées très actives et très aiguës me gâtaient tout le reste de l’esprit et du monde. Rien ne pouvait me distraire de mon mal que je n’y revinsse plus éperdument. Il s’y ajoutait l’amertume et l’humiliation de me sentir vaincu par des choses mentales, c’est-à-dire faites pour l’oubli. L’espèce de douleur qui a une pensée pour une cause apparente entretient cette pensée même ; et par là, s’engendre,s’éternise, se renforce elle-même. Davantage : elle se perfectionne en quelque manière ; se fait toujours plus subtile, plus habile, plus puissante, plus inventive, plus inattaquable. Une pensée qui torture un homme échappe aux conditions de la pensée ; devient un autre, un parasite.

J’avais beau essayer de reprendre l’égalité de mon âme, et de réduire enfin des idées à l’état de pures idées, ce n’était qu’un instant d’effort suivi de peines plus profondes. Vainement j’observais que ni le chagrin, ni la colère, ni ce poids énorme sur La poitrine, ni ce cœur empoigné, n’étaient des conséquences nécessaires de quelques images : Un autre, me disais-je, qui les verrait en moi, n’en serait point ému… Dans trois ans, me disais-je encore, ces mêmes fantômes n’auront plus de force… Et je trouvais en moi le désir insensé de faire par l’esprit en quelques instants ce que trois ans de vie eussent peut-être fait. Mais comment produire du temps ?

Et comment détruire l’absurde, — que nous choyons et cultivons quand il nous est délicieux ?

Je ne sais ce qui me gardait des grands remèdes… Je me bornai aux moindres : le travail et le mouvement. Je me traitai l’intellect et le corps en tyran, avec violence et inconstance. Je leur donnai des exercices difficiles : c’était faire en petit ce que fait l’humanité par ses recherches et ses spéculations : elle approfondit pour ne pas voir. Mais je me lassais promptement de mes problèmes volontaires. Leur objet indirect ruinait tout à coup leur objet direct. Je ne parvenais point à tromper mon appétit de chagrins et d’angoisse : la substitution ne se faisait pas.

The rest of the story is a dialogue. There are many passages worth mentioning, but I prefer to only focus on those that I can somehow relate to research and my own experience of it.

On the activity of research:

— Oui Monsieur ! Je développe : j’ai le mal de l’activité ! Je ne puis, je ne sais ne rien faire… Demeurer deux minutes sans idées, sans paroles, sans actes utiles… Alors, je transporte en un coin désert ces accessoires, symboles évidents de la vacance de l’esprit. Ils ordonnent l’immobilité, ils prescrivent les stations de longue et nulle durée.

[…]

— Vous voulez dire que plus on trouve, plus on cherche ; et plus on cherche, plus on trouve.

— C’est cela. Il me semble parfois qu’entre la recherche et la découverte il s’est produit une relation comparable à celle qui s’institue entre la drogue et l’intoxiqué.

On order and disorder:

[…] concédez-vous que les mots Ordre et Désordre correspondent à quelque chose ?

— A quelque chose de tout à fait relatif.

 “— Do you concede that the words Order and Disorder correspond to something? — To something relative as a matter of fact”. This connects well to my criticism of entropy: if it is order, whose order is it? Myself and my son don’t have the same perception of how tidy is his room.

La puissance du moderne est fondée sur « l’objectivité ». Mais à y regarder de plus près, on trouve que c’est… l’objectivité même qui est puissante, — et non l’homme même. Il devient instrument, — esclave, — de ce qu’il a trouvé ou forgé : une manière de voir.

“Modern power is founded on “objectivity”. But looking at it closer, one finds that… is objectivity itself to be powerful, — not humans themselves. They become instruments, — slaves, — of what they found or forged: a way of seeing.” This passage can be put in relation with lots of other thinkers, from Marx to Illich. In an automated world (he writes: “De plus en plus fort, de plus en plus grand, de plus en plus vite, de plus en plus inhumain, — ce sont des formules d’automatisme…”), mankind is used by its instruments, it becomes an instrument of the blind presumed “objectivity” of the system.

— […] Dire que nous ne savons rien de rien sur cette illustre et inconcevable propriété…

— Rien… C’est beaucoup dire. On voit que vous ne lisez pas beaucoup… Il y a des bibliothèques sur la question.

— C’est bien ce que je veux dire en disant que nous ne savons rien.

“— […] Considering that we know absolutely nothing  about this illustrious and inconceivable property… — Nothing… It’s a bit too much. I can see that you don’t read much… There are entire libraries on the question. — That’s precisely what I mean by saying we know nothing.”

— Vous ne tenez pas compte du travail. II me semble que l’esprit tend à passer du désordre à l’ordre… Ou, si vous le préférez, d’un certain désordre-pour-soi, à un certain ordre-pour-soi… Il travaille, en quelque sorte, en sens contraire de la transformation qui s’opère par les machines, lesquelles changent une énergie plus ordonnée en énergie moins ordonnée…

— Hum…

— Ce n’est qu’une image grossière… Je reviens à l’esprit… Pour qu’il opère lui aussi, sa transformation caractéristique, il faut bien lui fournir… du désordre !

— C’est immense, ce que vous dites.

— Dame…

— Ce sont des énormités.

— Et il prend son désordre où il le trouve. En lui, autour de lui, partout… Il lui faut une différence Ordre-Désordre, pour fonctionner, comme il faut une différence thermique à une machine, à un phénomène quelconque !… Mais je vous répète que la comparaison est…

— Fausse.

— Non !… Oui… Soit !…

The last lines: “— [The spirit] takes disorder from where it finds it. Inside itself, around itself, everywhere… To function,  it needs a  difference of Order-Disorder, just like a machine or any phenomenon needs a thermal difference to work!… But let me repeat to you that this comparison is…  — False. — No!… Yes… Be it!…

C’est qu’une idée ne peut pas être fixe. Peut-être fixe (si quelque chose peut l’être) ce qui n’est pas idée. Une idée est un changement, — ou plutôt, un mode de changement, — et même le mode le plus discontinu du changement… Tenez. Point de théorie. Essayez un peu de fixer une idée… Je vais chronométrer. Mais c’est inutile ! Une idée est un moyen, ou un signal detransformation, — qui agit plus ou moins sur l’ensemble de l’être. Mais rien ne dure dans l’esprit. Je vous défie d’y arrêter quoi que ce soit. Tout y est transitif… Mais presque tout y est renouvelable.

“Fact is an idea cannot be fixed. It can only be fixed (if anything can be) what is not an idea. An idea is changement, — or either, a mode of changement, —  the more discontinuous mode of changement… [etc.]”

— Eh bien, qui sait si l’Univers

— Oh ! Oh !…

— En admettant, bien entendu, que ce mot ait un sens… qui résiste à l’examen.

— Pourquoi pas ?

— Ou du moins, que nous puissions qualifier ce mot, le faire entrer dans une proposition…

— Mais pourquoi pas ?

— Comment voulez-vous que le Tout soit représenté par une image ou par une idée quelconque ? Le Tout ne peut avoir de figure semblable.

— Croyez— vous ?

“—Well, who knows if the Universe… —  Oh! oh!… — Admitting, of course, that his words has any sense… that resists to an examination. — Why? — Or at least, that we could qualify this word, put it inside a proposition… —  But why? —  How would you domand that the Whole is represented by an image or by any idea? The Whole cannot have a similar image. —  You think so?” This connects well to my criticism of the Second Law of Thermodynamics as “the entropy of the universe does not decrease”, which makes no sense to me (I will come back to this at some point).

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2 thoughts on “L’Idée fixe

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